Où il est question du paquebot Costa Concordia et de la tour de Babel…

Editorial du jour par François Régis Hutin, le P.D.G du journal Ouest-France.

Rien à ajouter, rien à retirer!

                          La tour de Babel

La prise de conscience de la situation difficile de notre économie fait son chemin. La dégradation de la note de la France et de huit autres pays de l’Union européenne a marqué les esprits. Cette opération technique ne changera pas le réel, mais elle doit nous inciter à agir pour arrêter la spirale descendante dans laquelle nous nous sommes engagés.

Le monde a changé en quelques décennies, ne serait-ce qu’en ce qui concerne la population mondiale. En 1960, celle-ci s’élevait à trois milliards d’humains. Aujourd’hui, nous en sommes environ à sept milliards. Nous serons neuf milliards en 2050, une évolution inouïe dans toute l’histoire de l’humanité.

Nous voyons émerger des pays continents (Brésil, Inde, Chine) qui étendent de plus en plus leur influence. Pendant ce temps-là, l’Occident se replie après s’être stupidement épuisé dans des guerres perdues qui se sont avérées inutiles, même contre-productives, et qui demeurent meurtrières comme on l’a vu encore hier en Afghanistan. Son économie fatiguée s’essouffle en poursuivant à marche forcée une croissance mythique, oubliant que ce qui compte, plus que la croissance, c’est le développement. Ce développement intégral qu’appelait de ses voeux, dans les années 1950, un homme d’église, dominicain de son état, le Père Lebret : « Le développement doit être intégral, c’est-à-dire promouvoir tout homme et tout l’homme. Il est le passage pour chacun et pour tous d’une condition moins humaine à une condition plus humaine, au rythme le plus rapide possible, au coût le moins élevé possible, compte tenu de la solidarité entre les fractions de la population nationale et de la solidarité entre les nations. »

C’était à la fois un appel et un avertissement qu’il avait lancés dans son livre Suicide ou survie de l’Occident, titre prémonitoire car la question est posée aujourd’hui plus encore qu’hier.

Que nous disons-nous ? Où allons-nous ?

Un incroyable naufrage, celui du Costa Concordia, devrait aussi nous conduire à plus de réflexion sur tous ces problèmes qui surgissent de nos rêves, de nos ambitions, assistés de nos si performantes techniques.

– Le gigantisme des cités mondiales, mégalopoles, villes-États où la sécurité, l’hygiène sont de moins en moins assurés, où l’approvisionnement ne serait-ce qu’en eau est de plus en plus difficile et incertain, sans parler de la pollution atmosphérique qui handicape les personnes.

– Gigantisme des moyens de transport, trains et tunnels de longueurs interminables, avions gros-porteurs de passagers dont l’évacuation nécessairement rapide sera difficile en cas de catastrophe, navires-cités armés d’équipages disparates venus du monde entier qui ne parlent pas la même langue, se comprennent à peine.

– Vitesse, course infernale qui lancent tous les hommes dans un tourbillon incessant et que contemplent avec stupéfaction, mais pour combien de temps encore, ces populations rurales souvent laissées pour compte comme si elles étaient figées dans le passé.

– Tourbillon informatique du Net avec, tout autour du monde, des transmissions instantanées d’informations techniques, politiques, financières, ce qui amoindrit le temps nécessaire à la réflexion pour la prise de décision.

Le magnifique et orgueilleux paquebot Costa Concordia nous rappelle aujourd’hui à l’humilité. Il a été vaincu par un tout petit rocher qui l’a ouvert comme une vulgaire boîte de conserve. Miracle que sur 4 200 personnes, il n’y eût qu’une dizaine de victimes, mais une seule évidemment eut été de trop.

Le Costa Concordia était bel et bien à l’image de notre monde : rapide, massif, technicisé, automatisé mais fragile. C’était une sorte de tour de Babel, cette Babel qui fut victime de sa propre grandeur, son ampleur ayant rassemblé tant d’hommes pour sa croissance démesurée qu’ils finirent par ne plus se comprendre, ni même comprendre ce qu’ils voulaient faire et ce qu’ils construisaient.

Le Costa Concordia, couché sur le flanc, lamentable, impuissant, est comme une parabole nous montrant la confusion du langage, la confusion des valeurs, la confusion des objectifs. Cette parabole devrait nous inciter à nous interroger : que nous disons-nous ? Que voulons-nous ? Où allons-nous ?

C’est dans ce questionnement que nous devrions réfléchir à la crise majeure qui nous étreint.

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3 commentaires pour Où il est question du paquebot Costa Concordia et de la tour de Babel…

  1. vasiliki54 dit :

    Quel bel article!

    L’histoire de ce paquebot dit que sa construction a été réalisée pendant l’élargissement de l Europe, que son nom CONCORDIA vient du rêve que toute l »Europe soit unie mais, lors son inauguration, la bouteille de champagne ne s’est pas cassée. Ca n’était pas un bon signe. Hélas, l’accident a eu lieu pendant les jours du naufrage économique de notre propre continent….Et nos capitaines? Que font ils? Ils nous regardent de loin, bien rassurés dans leur richesse et leur pouvoir. Dommage à nous les passagers!

    • Marie-France dit :

      Ce bateau est le symbole même de nos prétentions et de notre irresponsabilité, plus que de nos rêves:
      1- Trop grand, trop « bling, bling ». Trop de démesure et ce n’est pas fini 😦

      2- Barré par un capitaine d’opérette irresponsable, à la maturité douteuse ( âge mental d’un ado se pavanant devant les greluches, voire plus )
      3- Ce qui n’est pas dit: la société Costa? Est-elle exempte de reproches? J’ai des doutes.
      4- Un équipage multi- ethnique sous-payé sans langue de communication commune 😦 Peu de marins, beaucoup d’employés d’hôtel.
      5- Un non respect des procédures maritimes: qu’est-ce qu’est que cette habitude de frôler la côte pour saluer un village? 😦
      6- Une ignorance crasse de la mer et de ses dangers….

      …..

  2. Lia dit :

    « Μηδὲν ἄγαν » (=Rien de trop), disaient les anciens. Garder la juste mesure à toute chose.
    Nous avons malheureusement perdu le sens de la mesure. Le pire est que notre avidité nous empêche d’avoir conscience du danger, malgré les signes d’avertissement.

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